« Arrête le sport » : le conseil que j'ai suivi trop longtemps
Si tu as une RCH ou une maladie de Crohn et que tu tapes « reprendre le sport » dans une barre de recherche, tu es sans doute au même endroit que moi il y a quelques années : entre l'envie de bouger et la trouille que ça déclenche une crise.
À l'époque, après deux épisodes où un membre s'est bloqué plusieurs jours sans prévenir, mon gastro m'a parlé d'aller voir un rhumatologue. Je n'y suis jamais allé. J'ai juste arrêté le sport. C'était plus simple. Et je l'ai payé : pas en poussées, mais en années passées à me sentir de plus en plus fragile, de plus en plus spectateur de mon propre corps.
Je ne vais pas te raconter ici comment j'ai fini par remonter sur un ring un an après une hospitalisation — cette histoire est dans le livre. Ce que je veux partager, c'est ce que je fais aujourd'hui, concrètement, pour bouger sans que ça se retourne contre moi.
J'ai arrêté de croire mon corps sur parole le jour même
La leçon qui m'a le plus servi : l'effet d'une séance ne se juge pas pendant la séance, ni juste après. Sur le moment, l'adrénaline ment. Le vrai verdict tombe le lendemain matin, et parfois le surlendemain.
Du coup je me suis fait une règle bête : le jour d'après une séance un peu poussée, j'observe trois trucs sans dramatiser — mon niveau de fatigue au réveil, mon transit, mon envie de recommencer. Si les trois sont bons, je peux remettre une couche. Si un seul décroche, je lève le pied deux ou trois jours. Ce n'est pas de la science, c'est juste que j'ai arrêté de découvrir les dégâts en les subissant.
Les jours « pas terribles », je bouge quand même, en tout petit
Avant, c'était binaire : soit séance complète, soit canapé. Aujourd'hui, un jour de fatigue, je ne me pose plus la question « est-ce que je fais ma séance ? » mais « quelle est la plus petite chose que je peux faire sans le regretter ? ». Souvent c'est une marche, dix minutes de mobilité, rien de photogénique. L'important n'est pas la séance, c'est de ne pas casser la chaîne.
Parce que le vrai piège, avec une maladie chronique, ce n'est pas d'en faire trop un jour. C'est d'arrêter complètement pendant une poussée… et de ne jamais reprendre.
Le sport n'est pas là pour ma « santé globale »
Cette formule ne m'a jamais fait bouger d'un pouce. Ce qui me fait bouger, c'est autre chose : quand la maladie t'a diminué pendant des années, retrouver un endroit où l'effort produit un résultat visible, ça n'a pas de prix. Tu redonnes un peu de mou à un corps qui décidait tout seul.
Et j'ai lâché l'idée de la séance parfaite. Trois fois par semaine un truc modéré et régulier m'apporte infiniment plus que la séance héroïque du dimanche qui me couche jusqu'à mercredi. La régularité bat l'intensité, à chaque fois.
Avec le recul…
« Arrête le sport » peut être un bon conseil sur le moment. Le problème, c'est quand « sur le moment » dure trois ans. Reprendre, ce n'est pas cocher une case bien-être : c'est refuser de laisser la maladie choisir à ta place ce que ton corps a le droit de faire. À condition d'y aller à ta main, adapté à ton état du jour, et assez léger pour recommencer demain.
Important : c'est mon expérience, pas un conseil médical. La RCH varie énormément d'une personne à l'autre. Ne reprends pas une activité physique, et ne l'intensifie pas, sans en parler à ton médecin — surtout en poussée.
Mon parcours complet — du diagnostic à une vie sans traitement — est raconté dans mon parcours et, en entier, dans le livre RCH : Vivre sans médicament.